Des questions pour vous aider à témoigner

Certains témoins de la vie de père Cyrille s’en vont lentement le rejoindre, et il est temps de recueillir la mémoire de sa vie pour la transmettre à tous ceux qui n’ont pas eu la chance de le connaître.

Si vous souhaitez témoigner par oral, en vous enregistrant, n’hésitez pas, car cela facilite grandement le travail de ceux qui tentent de recueillir ces souvenirs. Vous pouvez également enregistrer des témoins autour de vous. La parole est libre, tous les souvenirs sont intéressants, même non religieux, même non édifiants. Si vous ne savez pas comment commencer votre témoignage, voici quelques questions qui pourraient vous aider.

Quand avez-vous rencontré père Cyrille Argenti ? Dans quelles circonstances ? À quelle date ? L’avez-vous souvent revu ?

Quelles sont les anecdotes dont vous vous souvenez, directement vécues par vous ou racontées par d’autres ?

Quel enseignement ou quelles phrases vous ont marqué de sa bouche, de sa plume ? Avez-vous été témoins de rencontres entre père Cyrille et des personnes : enfants, pauvres, personnes éloignées de l’Église, inconnus dans la rue, dans un bar, sur une piste de ski, personnes d’autres confessions ou religions ?

Si vous avez eu la chance de le voir à l’œuvre dans un mouvement comme la Frat, l’Acat, la JOM, sa paroisse, que pensez-vous qu’il apportait ? En quoi sa vie, sa parole ou sa manière d’être changeait le groupe ?

En quoi et comment la vie, l’œuvre et l’intercession de père Cyrille jouent ou ont joué un rôle dans votre vie quotidienne et spirituelle ?

Depuis le départ de père Cyrille en 1994, est-il encore présent dans vos vies et comment ?

Qu’aimeriez-vous transmettre de sa vie auprès de ceux qui ne l’ont pas connu ?

Une visite de père Cyrille au Mans

La première fois où j’ai rencontré Père Cyrille c’était  au Mans en 1972 ou 73 où la Fraternité de l’Ouest, en cours de constitution, l’avait fait venir. À l’époque, nous n’avions pas d’église ni de lieu de culte fixe dans notre ville et l’office se déroulait dans une salle de classe du Grand séminaire, aujourd’hui disparu, dans la plus grand dénuement. Parmi les présents, je me souviens de la famille Roberti de Rennes  (le futur Père Jean n’était pas encore diacre à l’époque), Alexandre Karpouchko de Tours, Anthoula Delehaye du Mans, peut-être la famille Korotkoff de Caen… Il faut préciser que c’était également la première liturgie orthodoxe à laquelle j’assistai  et j’ai été bouleversée par l’extrême simplicité de la célébration, la fraternité des assistants assis par terre, des enfants qui s’agitaient très à l’aise et de la voix chaleureuse et puissante du prêtre. Je me suis dit : « Mais cela devait se passer comme ça aux origines du christianisme ! ».

Lors du repas qui a suivi, certains étaient tristes parce que nous étions peu nombreux et que Père Cyrille était venu de fort loin. Mais les voies du Seigneur sont imprévisibles car, parmi les nouveaux venus, il y avait un orthodoxe de souche qui, à partir de ce jour, a retrouvé le chemin de  l’Église, une inconnue qui a été reçue dans l’Orthodoxie quatre ans plus tard, au moins un futur prêtre et l’embryon de futures paroisses… Par la suite, j’ai revu plusieurs fois Père Cyrille à l’occasion de nos congrès, des rencontres de la Fraternité, à l’inauguration du centre st Irénée à Marseille, je l’ai lu, écouté et comme nous tous je lui suis infiniment reconnaissantes de l’image vivante , libre, exigeante, ouverte ,aimante et vraie qu’il donne de l’Orthodoxie. J’ajoute que les petits livrets édités à partir de ses émissions sur Radio Dialogue me sont très utiles pour les différentes interventions qui me sont demandées. Sa canonisation ne serait que justice eut égard à toutes les graines du Royaume qu’il a semées et fait fructifier.

Mémoire éternelle à notre cher Père Cyrille !

 Michèle NIKITINE

Présidente de la paroisse de la Nativité du Christ au Mans

 Coordinatrice de la Fraternité orthodoxe de l’ouest

Sur le Mur des Justes

Cyrille Juste Marseille
Cyrille Argenti cité sur le Mur des Justes, à Marseille, dans le parc du Centenaire, à quelques centaines de mètres de la paroisse Saint-Irénée.

Quelques souvenirs épars…

Père Cyrille

Père Cyrille avait la force et la volonté: celle d’échapper aux églises d’émigrés, de s’ouvrir sur la société française, de célébrer la liturgie en français.

Il voulait faire revenir en Occident l’Orient, terre d’origine du Christ. En témoignent les cinq portraits de saints de Provence, qui surplombent l’entrée à l’église: St Césaire d’Arles, St Trophime d’Arles, St Cassien de Marseille, St Victor de Marseille et St Honorat de Lérins, qui voisinent avec St Polycarpe de Smyrne, disciple de St Jean et maître de St Irénée.

Comme ses modèles, P. Cyrille était ouvert aux Chrétiens du monde entier. Lors de la vigile pascale, nombreux étaient ses amis catholiques et protestants venus prier avec nous (et même le maire de Marseille, M. Vigouroux !). Il avait fréquenté à Paris le groupe de théologiens humanistes chrétiens autour de V. Lossky et J. Maritain, et même eu de brefs contacts avec les protestants et catholiques du groupe des Dombes.

A Marseille, lors de l’invasion de l’Iraq par les troupes des Etats-Unis d’Amérique et pour prévenir la paix civile, il s’engagea à fond dans le projet Marseille-Espérance, regroupant les chefs religieux de toutes les religions présentes dans la cité phocéenne.

C’était un combattant et un tribun, capable de s’engager dans le maquis du Vercors. Mais cet homme savait se montrer humble. Un jour, parlent de Dieu le Père, il n’hésita pas à me reprendre: « Non, ne dis pas Père, mais Papa (abba). Sois son petit enfant. »

Cet homme remarquable pouvait même avoir peur, même des esprits mauvais de l’au-delà. Un soir dînant chez nous il se retourna soudain vers deux statuettes africaines qui symbolisaient pour nous la famille. Avait-il senti des fétiches ? Nul ne le sait, mais il fallut toutefois les déplacer.

Le pire arriva quelque temps avant sa mort. Lors de la cérémonie de la descente de croix, il laissa tomber le corps de Jésus qu’on allait mettre au tombeau. Je revois encore son visage blême de honte et de demande de pardon.

Dans son rôle pastoral, il était fortement attaché à la solidité des couples. Il rappelait même que, dans la Bible, Sarah avait suivi Abraham (n’en déplaise aux féministes d’aujourd’hui !).

Jean, de Marseille

La vie étonnante de Cyrille Argenti, selon Claude Thomas

La paroisse orthodoxe de Chalon sur Saône, avec la bénédiction de l’évêque Mgr Luka, et la communauté des frères de Taizé a organisé une journée de rencontres et de conférences à Taizé le samedi 26 novembre 2016 et qui avait pour thème : « La sainteté dans l’Église orthodoxe ». À cette occasion, Claude Thomas a livré son témoignage sur ce qu’il connaît de père Cyrille.

 

 

Claude Thomas : « La vie étonnante de Cyrille Argenti (1919-1994), prêtre orthodoxe à Marseille » from Orthodoxie.com on Vimeo.

Nina

Un jour, Vsevolod Gousseff m’a proposé de me joindre à l’équipe qui composait un catéchisme pour les familles « Dieu est vivant ». C’est ainsi que j’ai fait la connaissance du père Cyrille Argenti. C’était un homme remarquable, qui vous accueillait d’une façon un peu bourrue, avec une voix disharmonieuse d’un «  Comment va ? » si plein de chaleur et de délicatesse, qu’on se sentait enveloppée par une amitié offerte ne demandant rien en échange.

La façon de travailler à la composition du livre était la suivante : au début d’un chapitre père Cyrille nous exposait la façon dont il concevait ce chapitre, puis nous nous répartissions le travail et chacun écrivait sa partie à la maison. Le mois suivant, nous apportions notre texte, que nous lisions à haute voix et chacun y allait de son commentaire. Compte tenu des commentaires, nous remportions notre texte pour le modifier. Cela se passait ainsi plusieurs fois de suite. Une fois que tout le monde était d’accord, nous remettions le tout au père Cyrille qui le travaillait pour le rendre homogène. Puis il nous lisait son travail avec lequel nous étions d’accord ou non. Il acceptait nos remarques avec une humilité étonnante, essayant quelquefois de défendre son point de vue, mais devant notre insistance il cédait.

Il avait une foi à déplacer des montagnes. Je n’oublierai jamais l’exposé qu’il nous fit lors du chapitre concernant la passion du Christ. Il a parlé avec une telle force et foi que lorsqu’il a terminé, un long silence s’est installé : nous étions tous au Golgotha et avions du mal à redescendre sur terre.

Une fois le livre édité en 1978, l’association « Catéchèse orthodoxe » a été créée pour gérer les retombées de cette édition. Et nous avons continué à nous réunir plus ou moins une fois par mois pour mettre au courant les uns les autres de ce que chacun faisait pour la catéchèse. Les années passaient. Moi, je n’écrivais rien, mais j’avais plaisir à aller à ces réunions, me replongeant dans cette atmosphère d’amitié vigoureuse.

Mon mari représentant une firme française dans les républiques au-delà du rideau de fer, nous avions un appartement de fonction à Moscou où j’allais régulièrement. En automne 94, j’étais dans une situation difficile moralement. Je reviens de Moscou, j’entre dans l’appartement vers 10 heures du soir, fatiguée et le téléphone sonne. C’était le secrétaire de « Catéchèse Orthodoxe » qui me dit que le lendemain le père Cyrille sera à Paris et il tient absolument à me voir. Étonnée et un peu inquiète, car je n’avais rien à lui présenté, je me présente à la réunion le lendemain. Le père Cyrille se précipite vers moi en me disant qu’il doit me parler. Nous nous mettons à l’écart et je comprends qu’il savait que j’allais mal et c’était la raison pour laquelle il voulait me voir. J’ai été très touchée.

Le soir de ce jour il est tombé malade et 40 jours plus tard il est mort.

 

Quelques souvenirs

Voici quelques souvenirs que j’ai du Père Cyrille. Père Cyrille est le parrain de notre fils Cyrille, le 5° de nos enfants. Père Cyrille est venu de Marseille pour célébrer son baptême à Draveil où nous habitions alors. Baptême le samedi à la maison, car Père Cyrille devait être à Marseille le dimanche pour la liturgie. Comme tous les samedi, je prépare des biftecks et des frites. Père Cyrille me fait remarquer que mon menu ne convient pas à un moine et ajoute « tu le savais, donc tu dois trouver du poisson ¨ Le ton du Père Cyrille était très ferme, Jean-Marie a donc couru chercher du poisson. Jusqu’à maintenant je respecte scrupuleusement les règles monastiques lorsque je reçois un moine ou un évêque.
Père Cyrille a offert sa croix de bénédiction à son filleul, une croix byzantine ancienne .
Je me souviens aussi du baptême d’une femme et de son fils à Fenouillet, Père Cyrille les a plongés dans le bassin qui recueillait l’eau de la source qui était plus que fraîche. Il est vrai qu’ils les avaient oints très copieusement d’huile
pour éviter le choc thermique.