Nina

Un jour, Vsevolod Gousseff m’a proposé de me joindre à l’équipe qui composait un catéchisme pour les familles « Dieu est vivant ». C’est ainsi que j’ai fait la connaissance du père Cyrille Argenti. C’était un homme remarquable, qui vous accueillait d’une façon un peu bourrue, avec une voix disharmonieuse d’un «  Comment va ? » si plein de chaleur et de délicatesse, qu’on se sentait enveloppée par une amitié offerte ne demandant rien en échange.

La façon de travailler à la composition du livre était la suivante : au début d’un chapitre père Cyrille nous exposait la façon dont il concevait ce chapitre, puis nous nous répartissions le travail et chacun écrivait sa partie à la maison. Le mois suivant, nous apportions notre texte, que nous lisions à haute voix et chacun y allait de son commentaire. Compte tenu des commentaires, nous remportions notre texte pour le modifier. Cela se passait ainsi plusieurs fois de suite. Une fois que tout le monde était d’accord, nous remettions le tout au père Cyrille qui le travaillait pour le rendre homogène. Puis il nous lisait son travail avec lequel nous étions d’accord ou non. Il acceptait nos remarques avec une humilité étonnante, essayant quelquefois de défendre son point de vue, mais devant notre insistance il cédait.

Il avait une foi à déplacer des montagnes. Je n’oublierai jamais l’exposé qu’il nous fit lors du chapitre concernant la passion du Christ. Il a parlé avec une telle force et foi que lorsqu’il a terminé, un long silence s’est installé : nous étions tous au Golgotha et avions du mal à redescendre sur terre.

Une fois le livre édité en 1978, l’association « Catéchèse orthodoxe » a été créée pour gérer les retombées de cette édition. Et nous avons continué à nous réunir plus ou moins une fois par mois pour mettre au courant les uns les autres de ce que chacun faisait pour la catéchèse. Les années passaient. Moi, je n’écrivais rien, mais j’avais plaisir à aller à ces réunions, me replongeant dans cette atmosphère d’amitié vigoureuse.

Mon mari représentant une firme française dans les républiques au-delà du rideau de fer, nous avions un appartement de fonction à Moscou où j’allais régulièrement. En automne 94, j’étais dans une situation difficile moralement. Je reviens de Moscou, j’entre dans l’appartement vers 10 heures du soir, fatiguée et le téléphone sonne. C’était le secrétaire de « Catéchèse Orthodoxe » qui me dit que le lendemain le père Cyrille sera à Paris et il tient absolument à me voir. Étonnée et un peu inquiète, car je n’avais rien à lui présenté, je me présente à la réunion le lendemain. Le père Cyrille se précipite vers moi en me disant qu’il doit me parler. Nous nous mettons à l’écart et je comprends qu’il savait que j’allais mal et c’était la raison pour laquelle il voulait me voir. J’ai été très touchée.

Le soir de ce jour il est tombé malade et 40 jours plus tard il est mort.

 

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