Quelques souvenirs épars…

Père Cyrille

Père Cyrille avait la force et la volonté: celle d’échapper aux églises d’émigrés, de s’ouvrir sur la société française, de célébrer la liturgie en français.

Il voulait faire revenir en Occident l’Orient, terre d’origine du Christ. En témoignent les cinq portraits de saints de Provence, qui surplombent l’entrée à l’église: St Césaire d’Arles, St Trophime d’Arles, St Cassien de Marseille, St Victor de Marseille et St Honorat de Lérins, qui voisinent avec St Polycarpe de Smyrne, disciple de St Jean et maître de St Irénée.

Comme ses modèles, P. Cyrille était ouvert aux Chrétiens du monde entier. Lors de la vigile pascale, nombreux étaient ses amis catholiques et protestants venus prier avec nous (et même le maire de Marseille, M. Vigouroux !). Il avait fréquenté à Paris le groupe de théologiens humanistes chrétiens autour de V. Lossky et J. Maritain, et même eu de brefs contacts avec les protestants et catholiques du groupe des Dombes.

A Marseille, lors de l’invasion de l’Iraq par les troupes des Etats-Unis d’Amérique et pour prévenir la paix civile, il s’engagea à fond dans le projet Marseille-Espérance, regroupant les chefs religieux de toutes les religions présentes dans la cité phocéenne.

C’était un combattant et un tribun, capable de s’engager dans le maquis du Vercors. Mais cet homme savait se montrer humble. Un jour, parlent de Dieu le Père, il n’hésita pas à me reprendre: « Non, ne dis pas Père, mais Papa (abba). Sois son petit enfant. »

Cet homme remarquable pouvait même avoir peur, même des esprits mauvais de l’au-delà. Un soir dînant chez nous il se retourna soudain vers deux statuettes africaines qui symbolisaient pour nous la famille. Avait-il senti des fétiches ? Nul ne le sait, mais il fallut toutefois les déplacer.

Le pire arriva quelque temps avant sa mort. Lors de la cérémonie de la descente de croix, il laissa tomber le corps de Jésus qu’on allait mettre au tombeau. Je revois encore son visage blême de honte et de demande de pardon.

Dans son rôle pastoral, il était fortement attaché à la solidité des couples. Il rappelait même que, dans la Bible, Sarah avait suivi Abraham (n’en déplaise aux féministes d’aujourd’hui !).

Jean, de Marseille

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